Enrichissement ne signifie pas nécessairement bénéfice. Exemple : l'équilibre de plusieurs lacs de montagne corses est menacé par un accroissement de certaines matières organiques. Il est des enrichissements dont on ferait volontiers l'économie. Et l'on ne parle pas là des parachutes dorés de quelques-uns, ni même des privilèges des sénateurs mis récemment en lumière par Yvan Stefanovitch et Robert Colonna d'Istria. Ainsi, par exemple, les scientifiques de l'Université de Corse se montrent-ils préoccupés par le cas de plusieurs lacs de montagne corses. On y constate en effet des « enrichissements » en matières organiques qui n'ont rien de bénéfiques. Loin s'en faut. Sous la maîtrise d'ouvrage de l'office de l'Environnement de la Corse et avec le soutien de l'Agence de l'eau, le laboratoire d'hydrobiologie de l'université de Corse a mis en oeuvre un état des lieux des lacs de montagne de l'île. Un travail de longue haleine, qui vise à la mise en place de mesures de gestion adaptées, pour chaque site. Avec le concours des plongeurs du SDIS, une quinzaine de lacs ont fait l'objet de prélèvements, à divers niveaux de profondeur comme sur les berges qui ont donné lieux à des analyses biologiques et chimiques. Il en ressort que près des deux tiers des lacs étudiés présentent un important, voire très important, enrichissement de matières organiques. Parmi les lacs les plus concernés, ceux de Nino, de Goria et de Creno où pulluleraient même, désormais, certaines larves de diptères dont la présence n'était autrefois pas même recensée. Or, il est des cas où l'abondance nuit, mettant en péril l'équilibre faunistique et floristique des sites. Les causes de cette situation nouvelle (ou nouvellement constatée) sont multiples : changements climatiques, sur-fréquentation touristique, prolifération de certaines espèces non endémiques. Comme les nénuphars de Creno introduits au début des années 1990 et que mentionnait, il y a quelques années, une étude où leur expansion apparaissait alors réduite et ne semblant pas devoir constituer une menace*. Mais les choses ont changé. Très jolis sur les cartes postales, ils semblent désormais être le cache-misère d'un « enrichissement » qui se fait au grand dam du lac...
*Etude phytosociologique et cartographique de la végétation des pourtours du lac de Creno. Laboratoire de Biologie et Ecologie végétales. Faculté des Sciences-CEVAREN, Université Pascal Paoli.